2.12.25

Pour clôturer l’année 2025 : apéritif à Koenji vendredi 19 décembre

 


La dernière session de 2025 n’en sera pas une mais un apéritif et plus le vendredi 19 décembre à partir de 19h. à Koenji, Tokyo.

Les détails et ce qui vient en 2026 figurent sur la top page du site ecrirea.tokyo.

20.10.25

Session #63 1er décembre


La session #63 aura lieu lundi 1er décembre à 19h, heure du Japon.

Thème : Expériences de libraire, discussion et échange entre Renaud-Selim Sanli, libraire et éditeur aux éditions météores (https://editionsmeteores.com/) à Bruxelles et Juliette Romero, ancienne libraire à la librairie candide (*) et organisatrice de salons d’édition indépendants (Salon Mirage, Nazcas festival) à Bruxelles.

Un bouquet de liens :

https://www.rtbf.be/article/dans-le-quartier-des-marolles-la-librairie-meteores-defend-sa-litterature-10934939


L’affaire sera menée en principe sur Google Meet avec le lien diffusé dans la boucle des incrits aux annonces. Si vous souhaitez participer mais ne pas figurer dans la boucle, contactez ecrireatokyo@gmail.com. Le lien vous sera envoyé un quart d’heure avant le début de la session qui se pratique micro et caméra ON.  

14.10.25

Session #62 samedi 18 octobre à 19h, heure du Japon

 


La prochaine session d’Ecrire à Tokyo aura lieu samedi prochain 18 octobre à partir de 19h, heure du Japon. Si vous ne figurez pas dans la boucle des annonces mais souhaitez y participer et contribuer même avec un regard extérieur au bilan un peu précoce de cette année, connaître les grandes lignes de ce qui s’est passé depuis juillet 2020, date de la session #1 et évoquer les perspectives de pérennisation de cette dynamique pour au moins l’an prochain, il suffit d’en faire la demande à ecrireatokyo@gmail.com. Pour des raisons techniques, le lien vers Google Meet sera diffusé un quart d’heure avant le début. 

2.10.25

Nouvelle Gène


 Il est un invariant. La méthode dont l’Auteur se construit et est reconnu comme bâtisseur d’une référentialité, une notoriété dans un domaine culturel donné. Prenez le Japon (au hasard). Prenez Yourcenar, prenez Forest. Dans chaque cas, il y a séjour, très court pour l’une, plus long et répétitif pour l’autre. La Mise en Oeuvre référentielle dans les deux cas va être de produire des écrits, qui romanesques, qui exégètes, les deux c’est mieux, autour de l’objet Japon. On sort la truelle et on bâtit. Dans les deux cas, indifféremment de la longueur du vécu sur place, le volet exégète va constituer à articuler des discours, gloser sur des auteurs Japonais au moins, pas seulement des notes de circularité sur la Yamanoté - un volet esthétisme japonais fera très bien dans le cv - mais avec une seule condition stratégique : que ces références, objets d’exégèse soient déjà largement traduits dans la langue de l’auteur, c’est à dire qu’il existe un corpus solide référent de l’objet de l’exégèse pour que le lecteur visé s’y retrouve, entre gens de bonne compagnie intellectuelle. Qu’il s’agisse de Yourcenar ou Forest, il est possible - je ne suis pas spécialiste - qu’aucun ne soit découvreur. 


Il existe bien entendu des contraintes majeures à découvrir ou révéler des auteurs non-traduits et se positionner ainsi comme passeur, à commencer par la méconnaissance de la langue - difficultés maintenant toutes relatives avec l’IA. Une fois pour toute, cette méconnaissance n’est pas un défaut mais un marqueur de ce que les gloseurs et exégètes par exemple francophones sur la chose Japon pour laquelle ils ont développé un engouement vendable ont toujours été des non-japonisants, ce qui les opposent tellement aux universitaire japonologues contemporains que l’on oublie, dès lors que l’on n’est pas soi-même dans le monde universitaire. Il y a un paquet de gens qui lisent et parlent dans la langue cible, qui ne se recrutent pas dans le littéraire, hormis de façon accidentelle, mais à l’université. Pour autant, peut-on concevoir un amouraché auteur de l’Italie ne s’investissant pas dans la langue de la botte? Certes Dumas, trop occupé, a glosé sur le macaroni, mais l’autre enfin! Vous voyez de qui je veux parler non?


- On demande Monsieur Beyle à la réception.


C’est bien cette particularité de  la production exégèsétique de ces auteurs qui est remarquable de similitude, construire l’oeuvre sur des textes déjà accessibles dans leur langue. La découverte et la transmission de l’inconnue en langue cible n’est donc pas l’axe de travail de l’auteur parce que, plus que son incapacité à lire les textes d’origine, c’est l’inadéquation de la découverte et de la révélation des non-traduits avec une stratégie éditoriale qui est le point névralgique de la compréhension de la méthode de bâtisseur de l’oeuvre référentielle. Il faut que cela résonne avec le lecteur, et cette résonnance est donc totalement liée à la pré-existance d’un corpus de textes déjà traduits et diffusés, lus, dans ce cas-ci en français, Kawabata, etc. Dans le cas de Forest, on peut et on doit être un peu absourdi quand c’est un photographe connu pour être célèbre - génuflexion, ou silence, t’as pas le choix - qui est mis en exergue, et l’auteur s’est mis en exergue glosante, avec Araki. Car dans le visuel au moins, on pourrait penser que se faire découvreur est beaucoup plus accessible, puisqu’il s’agit d’abord ni plus ni moins que d’ouvrir l’oeil. Ce choix d’un photographe archi-connu déjà “lu” dans l’aire de distribution du bouquin entre parfaitement dans la même logique. Alors qu’un nombre incalculable de photographes Japonais existe, ce ne pouvez être que lui, enfin!


Et donc, en tant que bâtisseurs, ces auteurs construisent un monde qui se voit enfler, s’étendre comme SimCity par la dynamique glossante et scénarisée qui progressivement s’installe autour de leurs oeuvres, les éxégèses sur leurs exégèses, les gloses critiques sur leurs oeuvres, les articles et thèses, les colloques, et surtout maintenant les incontournables - dans le meilleur des cas d’extensions - que sont la mise en scène, la mise en spectacle avec au minimum la lecture à voix haute par l’auteur lui-même, le podcast en série par un lecteur célèbre seul en scène ou devant le micro. Il y a des lectrices célèbres aussi, ok. 


L’image de SimCity colle bien avec l’affaire, car à force d’accumuler, de juxtaposer des constructions souvent similaires qui reprennent en boucles et intensifient les traits et méthodes des oeuvres de base, on obtient une ville, univers au centre duquel se trouve l’auteur, et dans lequel brille l’absence des auteurs et artistes invoqués, exégètisés, sinon que comme noms majeurs et massifs, des blasons : Kawabata, Araki, etc. Que ceux-ci soient encore vivants ou pas ne change rien à l’affaire, ils sont absents, physiquement, comme dans ces colloques sur le Japon où sur scène la majorité si pas la totalité des intervenants sont des Blancs. On se retrouve alors à l’identique d’un colloque japonais sur un sujet altérique, altérisé, où le sujet, colloque sur les pandas, est absent de la scène, sauf en caméo sur un slide PowerPoint. Le Japon est ainsi vu de l’espace francophone (pas très différent dans le monde anglophone) dans lequel brille l’absence du sujet invoqué. Comment pourrait-on supporter la présence esprit du sujet et l’invoquer s’il fut présent? Il en résulte et totalement une construction SimCity de la glose enflée, donc avant tout un reflet de ce que les enfleurs veulent voir de leur objet d’intérêt ou de désir : eux-mêmes dans le miroir nippon.


Il se trouve, une hypothèse, que les écrits japonimbus, japonosatisfécits nombrilistes, les dictionnaires amoureux t’a pas le choix d’aimer sinon tu la fermes (mais aimer quoi au fait hormis la vue de son nombril dans un miroir déformant ?), forment la queue d’une comète qui s’en va. On peut penser - l’avenir me contredira - que Ryoko Sekiguchi, une exceptionnalité exceptionnelle d’adaptation au parisianisme - respect - doit maintenant, plutôt que de poursuivre dans la montée en mayonnaise olfactive, officier à des dégustations privées et confidentielles de sakés à Niseko devant un parterre d’ultra-riches francophones débarqués en jets privés qui mitraillent à l’iPhone hyperpro modèle 73. Et donc? Et donc rien, même s’il y a nature ici à fictions gonflantes d’évidences. Mais quid de l’hypothèse? Ceci : les écrits japonophiles - qui comprennent aussi ceux des engouementés qui médiocrisent dans l’affirmation de ne pas être bêtement amourachés mais aussi critiques vis-à-vis de l’objet Japon - ah mais! c’est pas si rose que ça comme les cerisiers mais on vous le coolise - voir la revue torchon Tempura -  ont atteint un plateau, à preuve, leur disparition dans les piles de nouveautés. Quasi-disparition. Même la mère Nothomb et sa machine éditoriale n’a pas pondu un re-Japon-regret cette année. L’an prochain, mais sans doute pas que.


Lors d’un passage encore récent en mémoire dans l’hexagone, il s’est passé quelque chose de l’ordre de la coïncidence “hénaurme!” la seule fois que j’ai croisé un écran télé allumé, sans l’avoir pour rien au monde allumée moi-même (juré) : la diffusion de cette publicité sur les biscuits LU chocolatés qui se déroule en dialogue avec Tokyo d’un côté, et quelque part dans un 7e arrondissement d’une quelconque métropole française. Inutile d’en faire la description. Il suffit de la voir. J’étais soufflé. Le voyage au Japon - pour les garçons seulement - donc le voyage à Tokyo, est devenu Le voyage en Indes des années 60, donc le voyage initiatique générationnel. Les prémices existent déjà d’une littérature Visa Travail Vacances (et Maman sur WhatsApp tous les jours ça va mon petit je t’ai envoyé par Collissimo une jacquette et un pot de beurre. Lucas t’a glissé dans le paquet un quelque chose qui va  te rappeler ton enfance en cours). En prévision, le Prix littéraire Vacances Travail cosponsorisé par LU et Nutella, deux biscuits collés l’un sur l’autre. Si vous entendez ici de l’ironie, c’est que vous n’avez rien compris à l’objet de ce texte.


Y a-t-il une littérature jeunesse (Gène Y ou Z?) conséquente à Erasmus?


Toujours est-il que je déclare morte mais pas enterrée une phase antérieure de la littérature japonamourachée de vieux. Place à une nouvelle génération, mais dans l’immédiat, le sentiment de vide domine, et aussi la crainte de l’ennui. Heureusement que l’on peut toujours lire ailleurs. Monsieur Beyle est arrivé à Milan. Descendu fourbu de la calèche, il courre à l’opéra. 

25.9.25

Dans les caves de la résistance tokyoïte





Notes ébouriffées et décousues d’une lecture superficielle de Cénaclières paru chez abrüpt en juin dernier, auteurs Nor Do : 

Né au XXVe siècle, le collectif Nor Do est au départ le nom de code des hackeuses de l’Arché-Tokyo, dont la tâche consistait alors dans le piratage des Odonomos, drones supports de la dictature mondiale de l’époque.

L’ouvrage est une traduction au XXXIe siècle due au duo Marie-Anaïs Guégan et Romain Lossec. Marie-Anaïs Guégan a passé une thèse intitulée “La forosphère littéraire. Histoire, sociabilités et poétique des écrivain·es de la génération Y sur les forums d’écriture (2005-2024)”, thèse dont l’objectif est “d’écrire l’histoire de ce que nous appelons la forosphère littéraire, cette nébuleuse de forums qui existe toujours aujourd’hui, quoique plus restreinte puisque concurrencée par les réseaux sociaux et les plateformes propriétaires dédiées à l’écriture”.


Autant dire pour l’auteur de ces lignes de 66 ans qu’ici est un territoire moins familier que la planète la plus proche de la Voie lactée.


Le premier réflexe fut d’extraire les premières apparitions du terme “Tokyo” dans le fichier pdf du livre, d’abord dans la table des matières. Ce qui suit est extrait de l’ouvrage. La mise en page n’est pas d’origine.


Troisième période :

Bouquinistes et naissance des RPT (Réseau des Poétesses Tokyoïtes) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67

Quatrième période :

Poétesses Tokyoïtes de New York . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97

Cinquième période :

Les Brodeuses de l’Arché-Tokyo . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123


« Je rêve d’un Réseau

Mondial des Kathy·s Tokyoïtes ».


Le Réseau des Poétesses de

Tokyo : Le Réseau de Mawatari Sayoko22, Le petit livre de conseils à mes sœurs du RPT parisien

d’Albertine du Coëtlosquet23 ou encore le

célèbre Manifeste Tokyoïte de New York du col-

lectif du Réseau NWC24, qui témoignent tous

de l’importance originelle, dans la constitution

de cette unité cénaclière, du réseau.


Dès 2039, et alors qu’en Europe l’intérêt

pour les Salonnières et pour le très récent

mouvement des « bouquinistes des quais »

est fort, Kamiya Sayoko fonde le Réseau des

Poétesses Tokyoïtes dans une Tokyo soumise

à la politique réactionnaire du VVD. La mort de

Kamiya dans l’attentat de la Bibliothèque fémi-

niste Akiko, orchestré par Kano Kinzo, chef du

VVD, provoque la fuite de sa sœur, Mawatari

Sayoko, qui fonde le Cercle des Poétesses

Tokyoïtes de New York (CPTNY) et la création

de multiples Réseaux de Poétesses Tokyoïtes

partout dans le monde.


… etc.


Arché-Tokyo et Broderies

Il est nécessaire, pour qui voudrait comprendre

l’Arché-Tokyo autant comme moment historique

que comme esthétique, de revenir sur la pratique

des « Broderies » dans les caves de la résistance

tokyoïte à la dictature odonomiesque qui domina pratiquement le monde entier pendant

le XXVe siècle.


Ce qui n’est pas connu, c’est comment se connectèrent

les esprits des poétesses de Tokyo avec celles de Svalbard,

des poétesses de New York avec celles de Niamey. Ce qui

n’est pas connu, c’est le réseau discret des correspondances

clandestines, des arcs narratifs secrets.


Tokyo n’est donc pas une obsession pour cette génération, mais quelque chose de l’ordre de la teinture indigo dans la fibre, dans le derme profond, liquide colorant qui fait corps jusqu’au plus profond de l’intime inconscient. Au risque de détruire le fil, il est impossible, impensable d’en effacer la couleur. La pensée Tokyo est un tatouage indélébile, sauf à brûler la peau.


À la lecture des premières apparitions de “Tokyo”, le mot dans ce texte, l’idée m’est apparue immédiatement que le terme était générationnellement une forme de particule atomique, quelque chose au cœur du cœur du noyau, une idée a-géographique, une tautologie totale, hyperdense, même pas une hyper-marque – aucune trace de marchandisation – ni même une fétichisation mais bien au-delà, ce qui positionne l’ouvrage dans une post-écriture en regard des médiocres écritures courantes de l’infatuation Japon, où Cénaclières ne se situe pas, je pense. Il n’est pas question de Japon dans le livre, ni même qu’accessoirement de Tokyo, mais de Tokyo halo, teinte comme bruit de fond. L’euphorie de la lecture parcellaire n’empêche pas pour autant de ressentir une certaine superficialité, texte qui s’étend comme une nappe colorante, nappe liquide sur la table de la cuisine qui dégouline sans cesse.


Pour l’auteur de ces lignes totalement insensible au collectif d’écriture (collectif de réflexion, oui), allergique à l’idée même d’ateliers et à ses performances, c’est une découverte, qui n’engage à rien, sauf à la reconnaissance que Cénaclières ouvre des pistes.


Tokyo est donc générationnellement affaire de teinture, de tatouage.


Brièvement, à un moment, on voit Tokyo, une géographie obsessive mais le territoire décrit ne dure pas.


Dans la ville de Tokyo soumise à la sur-

veillance stricte des Odonomos, drones géants

gérés par le Bureau central, les poétesses,

activistes et opprimées de la politique répres-

sive du Bureau se cachèrent, dès le début

du XXVe siècle, dans les souterrains de la

capitale japonaise. Utilisant les rames de

métro désaffectées, les réservoirs vides et

l’ensemble du maillage troglodyte de la ville,

elles organisèrent, pendant ce siècle, l’une des

plus formidables résistances à l’une des pires

organisations de contrôle ayant jamais existé

dans l’Histoire.


C’est le mot-teinture, attribution par soi qui ne figure pas dans le texte, qui domine, Tokyo comme Teinture, Teinture comme Tokyo, avec des sous-teintures comme Ebisu, Sumida (nom propre) et quelques autres, phonèmes japonais que l’on mâche dans la bouche avec une délectation implicite, que l’on fait couler entre les mandibules, les gencives, puis que l’on envoie langoureusement glisser dans la gorge. Tokyo liquide gustatif, millésime millénium.


dans Ebisu encerclées par le feu ovale des bombardiers

radiant

comme souvent nous fumons le calumet bourré d’huile

l’une après l’autre précisant notre destination

jamais nos origines


Il m’est évident que l’un des textes exégétiques futurs sur cet ouvrage sera “La représentation de Tokyo dans Cénaclières – analyse chimique teinturiale”.


Il m’est tout aussi évident que ce texte dévoile l’empreinte générationnelle de Tokyo, teinture osmotique qui pénètre au plus profond du tissu de l’imaginaire. Que Tokyo n’a pas lieu d’exister sinon que comme particule élémentaire à venir, lieu-même des catastrophes, son node, sa matrice, son talisman suffisant à soi seul, Tokyo liquide que l’on dira bleu noir profond.


Et pour se procurer le livre papier, quand bien même les versions numériques en ligne sont offertes, il faut trouver un passeur, une mule prête à se charger des 593 grammes de matière reliée – deux verres de saké offerts à l’arrivée, pas un – ce qui impacte de façon non négligeable la limite des 23 kg pour les voyageurs en classe embolie pulmonaire. Chez Lireka, le livre à 20 euros soit 3 500 yens est vendu 4 800 – la livraison c’est cadeau, comme 2+2 = 7. Il ne suffit pas de mentionner ce vendeur dans la catégorie achat “à l’international” pour que la dimension internationale paraisse intégrée au grand tout des possibles de lire. Ce n’est pas du tout le cas. Quand on passe à la caisse numérique distantielle, c’est une douche froide à chaque fois, la confirmation que votre local, Berlin ou ailleurs en Europe, est mentalement handicapé de la pensée internationale justement, de la projection mentale que la lecture, sur papier, est souhaitée à 10 000 km de vos presses.


Technologiquement, encore plus dans un contexte d’impression à la demande, il suffirait d’un protocole pour permettre d’obtenir illico l’ouvrage à ACCEA, chaîne d’impression au Japon, au quart de tour, et donner enfin au terme international un sens, et un doigt d’honneur aux disparus du tarif Livres & Brochure.


Pour le nouvel ouvrage de Nathalie Quintane qui sort le 17 octobre, une mule a été trouvée. Merci.


Notes ébouriffées et décousues donc, comme annoncé en exergue.

16.9.25

EàT : Un énoncé en évolution

Document reçu.


 La présentation d’Ecrire à Tokyo évolue avec la réflexion, les clarifications et les intentions qui ne sont pas figées. Elle s’affine, ou en tout cas, elle en a l’ambition. Voici l’état récent de l’introduction. La suite est à lire sur ecrirea.tokyo


Depuis juillet 2020, Ecrire à Tokyo est une zone de dialogue expérimental et convivial d’étude et de réflexions sur l’écriture littéraire en langue française avec Tokyo et le Japon en perspective à degrés et focales variables, située hors du fétichisme et des fantasmes autour de l’objet Japon, sous la forme d’un rendez-vous mensuel en ligne initié depuis Tokyo, par Julien Bielka et Lionel Dersot.

Cette dynamique est ouverte aux participants du monde entier, amateurs ou professionnels. On peut écrire à Tokyo sans y être.

Aucun espace de dialogue n’existait organisé par des individus – auteurs ou pas – pour qui l’écriture questionne, avec Tokyo et le Japon en fond d’écran, écriture qui compte comme activité principale ou  sujet secondaire mais d’importance pour soi, écriture qui interpelle et donne envie d’y réfléchir et d’en parler, libres des allégeances et des servitudes. C’est chose faite depuis juillet 2020.

Les participants qui écrivent, d’autres non, se trouvent autant à Tokyo qu’ailleurs au Japon, à Paris, à Saïgon et parfois entre deux avions.

Ecrire à Tokyo est une dynamique sans inscription préalable et conviviale.



14.9.25

Le palais des paris à la session du 27 septembre prochain


La prochaine session d’Ecrire à Tokyo aura lieu le samedi 27 septembre prochain à l’heure habituelle de 19h au Japon.

Il s’agira d’une présentation intervention du palais des paris, lieu d’expressions artistiques à Takasaki. Son co-créateur et co-directeur Frédéric Weigel sera aux commandes de la présentation sur Google Meet.

Si vous n’êtes pas dans la boucle des annonces mais souhaitez participer à cette session, faites-le savoir en contactant ecrireatokyo@gmail.com.

Quelques liens pour saisir ce qu’est et ce que fait le palais des paris. 

Une interview dans la revue scientifique ExPositon 

https://www.revue-exposition.com/index.php/articles9/suto-weigel-palais-paris-japon

La présence Instagram

 https://www.instagram.com/palaisdesparis/

Une vidéo récente qui retrace un projet d'art conceptuel du jeune artiste Ivan Carozza. La narration suit un petit texte de Borges. 

https://youtu.be/mzjzcH3B5m8

Le répertoire des vidéos récentes (depuis 2023) 

http://palaisdesparis.org/index.php/videos-du-palais-des-paris

Ne manquez pas de diffuser si vous connaissez des gens potentiellement intéressés. Les sessions se déroulent en clair, camera ON, ni avatar ni pseudo. Elles sont conviviales et souvent intéressantes.

9.9.25

Contrer la disparition du tarif Livres & Brochures

Recherche : des idées (neuves) pour outrepasser à la disparition du tarif Livres & Brochures. 

- Un réseau vertueux de mise en contact entre un acheteur - un seul livre - et un prochain voyageur au pays de cet acheteur qui reçoit l’achat à domicile sans rien débourser. Toutes les formes féminines de l’énoncé fonctionnent. A l’arrivée, l’acheteur rencontre son passeur et lui offre un café, un verre local et une conversation éclairante pour le/la/les remercier.

- Risqué, de durer moins de deux minutes et finir au poste : un pop-up store façon happening à l’aéroport au comptoir d’enregistrement des bagages pour recruter des volontaires. 

- Des formules mettant à contribution les petits éditeurs eux-mêmes, dont la conscience de l’existance même miniature d’un lectorat à l’international est apparemment très déficitaire. Une impression personnelle vue le nombre de non-répondants à des sollicitations. La conscience de l’internationale ne se nourrit pas des actualités de 20h mais de communication directe. On peut même parler en vidéo conférence.

- Des formules mettant à contribution des petits libraires qui placent des avis de recherche de voyageurs dans leurs locaux et/ou en ligne. La confiance règne. Seule la confiance peut régner. 

Avis de remise à flots

 

Embarcation furtive aperçue au Jardin du Luxembourg à Paris

Ce 9 septembre est le jour des avis, dont celui de la remise à flots de ce blog d’exposition, d’annonces et d’expressions d’auteurs et créateurs dans la nébuleuse d’Ecrire à Tokyo. On se souhaite bon vent, bonne route et tenacité. Si vous êtes intéressés à participer, écrits comme illustrations, entrez en contact. 

14.1.25

Ne plus rien écrire à Tokyo ou ailleurs

Au creux de l’aube, il y avait ce silence, dense et fragile, tissé d’ombres qui couraient entre les choses. Ce n’était pas un lieu défini, mais une vibration, un espace où la réalité vacillait, bordée par des contours indécis. Ce territoire, tel qu’il m’apparaissait, n’existait ni dans les cartes ni dans les mots. Il respirait dans les formes disloquées des rues, dans les gestes ordinaires saturés d’une précision implacable.  
Les montagnes là-bas ne se contentaient pas de dominer l’horizon ; elles avalaient les rêves, les reformant en échos rugueux, presque douloureux. Ici, chaque objet portait une fonction si précise qu’elle devenait une exigence. J’y ai appris qu’une simple erreur — une ligne mal tracée, un silence mal placé — pouvait briser le fragile équilibre de l’univers quotidien.  
La lumière s’attardait comme un soupir sur les murs gris des bâtisses, glissant le long des fissures des sols tremblants. Chaque ombre, chaque silence contenait un poids, une gravité invisible qui tirait tout vers le centre de cet étrange monde. Dans ces instants suspendus, j’ai découvert l’immense vide caché derrière le bruit incessant des routines et des rituels.  
Le sol de ce lieu, chargé d’une chaleur presque oppressante, semblait pulser sous mes pieds, vibrant d’un rythme que je ne pouvais saisir. Tout ici se déployait avec une étrangeté presque douloureuse : l’éclat métallique d’un ruisseau artificiel, le frisson d’un souffle dans les branches d’arbres géométriques, les murmures des passants qui semblaient tout dire sans prononcer un mot.  
Un matin, assis face à ce paysage qui n’en était pas un, j’ai perçu ce que signifiait l’équilibre. Non pas l’absence de chaos, mais son intégration dans un ordre si précis qu’il en devenait insaisissable. Là, je me tenais, entre la pierre et le vent, témoin muet d’un monde à la fois brutal et délicat.  
Chaque jour, je m’effaçais un peu plus pour laisser la place à ce lieu, à cette réalité implacable et pourtant étrangement accueillante. Mon esprit se perdait dans le tumulte des rues et des gestes, mais y trouvait une étrange sérénité. Je n’étais plus ni d’où je viens, ni d’où je suis. J’étais dans l’entre-deux, dans cet espace invisible où les contradictions trouvent un équilibre provisoire.

11.1.25

D’aucun pays - La correspondance Shirley Hazzard et Donald Keene

 

Jusqu’au début des années 80, apprendre la langue japonaise en France signifiait transiter par l’anglais. Pas de manuel de langue en français, pas de dictionnaires bilingues poids-lourds. Des noms de japonologues anglophones entretenaient le bruit de fond et décoraient les tranches de livres de la petite bibliothèque de la faculté à Paris. Tuttle était la mystérieuse et séduisante maison d’édition mythique sise à Tokyo. A Jimbocho, la librairie éponyme est devenue depuis longtemps une boutique de sacs, et peut-être aujourd’hui une mangeoire. Le non-universitaire Lafacadio Hearn, le père de la japonologie historique britannique Chamberlain, le diplomate Edwin O. Reischauer, peut-être un Donald Richie, plus certainement un autre Donald Keene sonnaient bien plus une sorte de familiarité en devenir que les rares déités francophones nommées avec respect mais dans l’ombre tel un Origas. 

A Jussieu, on portait sur les épaules un uniforme obligatoire inexpliqué de complexe d’infériorité dont les tenants et aboutissants échappaient, sentiment de diminution par rapport au lointain pays lumineux et inaccessible de Paris III. Le japonais - l’effort de s’y plonger et ne pas s’y noyer, ou plus couramment sortir du bassin en courant dépité et honteux - était un bain anglais, avant tout américain. Ce qui m’arrangeait bien comme la mystique de l’ailleurs s’en trouvait ainsi doublée. 

C’est bien plus tard que ces noms d’acteurs ont pris formes de manière bien plus nette, pour occuper le terrain mental de ce qu’est être occidental blanc au Japon. On devrait, non, on doit distinguer le blanc européen non-anglophone du blanc anglophone, massivement perçu à tord aujourd’hui comme américain. De fait, je ne lis pas en conséquence la japonologie francophone et encore moins ses sbires contemporains non-universitaires au service du fétichisme grand public. A l’ère des Donald proéminents, l’individu Richie - Le Monsieur Américain de la Dame Yourcenar  de passage deux mois au Japon devenue ainsi japonologue poético-pythique - était le plus accessible, c’est à dire le moins imposant. Avec une chronique dans le torchon stratégique incontournable Japan Times auquel il donnait une certaine noblesse, Richie exposait une lecture-analyse détachée de son être à Tokyo qui ne vous donnait pas de leçon de réussite professionnelle et libidinique. Son crédo sans trémolo était de ne pas chercher à s’attacher mais à observer sur la crête. Il aurait pu dire à ce sujet perchoir.

L’autre Donald, le Keene, n’accrochait pas par mon manque d’intérêt pour la littérature de fiction. Donald le Keen lui était pour ainsi dire la version opposée de Donald le Richie, à ceci près qu’il était un apologiste passionné de la culture japonaise, à commencer pas sa littérature - du temps où la passion n’était pas pulsionnelle marchande. Il ne mettait pas en garde, la crête ni le perchoir pour lui n’existant pas, seul le bassin où se dissoudre - devenir japonais - faisant office d’objectif absolu et strictement personnel. Deux individus prônant un individualisme forcené mais dans le calme officiaient dans le même pays - Keene surtout en mode allers-retours tel un nomade numérique avant l’heure - Richie plutôt pénard à Ueno à y faire ses courses et entretenir sa sexualité dans le parc, ou étant sollicité pour guider des personnalités qui allaient écrire sur le Japon de manière docte et définitive - le ressenti étant la vérité - bien plus que lui le résidant de longue date. 

Keene allait presque aboutir enfin à la dissolution dans le bain japonais en optant pour la nationalité nipponne suite à 2011, avec en prime l’adoption d’un fils au sujet duquel flotte une aura gênée avec sourires de connivence dont le bienfondé m’indiffère. Sur la photo de sa pierre tombale à Tokyo, on lit son nom en katakana, certainement l’aboutissement et la preuve d’une dissolution - presque - totale. 


En octobre dernier, Columbia University Press a dévoilé le livre Expatriates of No Country, The Letters of Shirley Hazzard and Donald Keene, édité par Brigitta Olubas, une spécialiste de Hazzard. Une certaine Hazzard parce que je n’avais aucune connaissance de cette autrice, mais un ouvrage épistolaire avec un titre pareil qui mérite une conférence internationale de trois jours dans un endroit charmant avec buffet ne pouvait que provoquer une énorme envie de lire cela. C’est en cours. 


Keene entre le Japon et New York, et l’Australienne Hazzard surtout à Capri, un peu comme Miller à Paris puis la Californie via la Grèce, et Durrell surtout en Grèce avant de finir en France. Dans les deux cas, mais avec des circonstances de rencontre totalement différentes, on trouve le sel du carburant qui autorise l’échange épistolaire à fonctionner longtemps : empathie, sympathie qui augmente avec le temps, intérêts communs et curiosité pas de façade pour les intérêts de l’autre, l’absence totale de hiérarchie - les leçons quand données le sont avec humilité - et les rencontres au bout de voyages qui relancent la machine à s’écrire. Mais le titre de l’ouvrage - Expatriates of No Country - interpelle tellement qu’il subjugue, en attendant d’y voir plus clair peut-être d’ici la fin de l’ouvrage. 

8.1.25

Ne plus écrire, enfin!

 


Aller, ouste, à la poubelle. Ne plus écrire, enfin! Déléguer! 

La prochaine session d’Ecrire à Tokyo aura lieu samedi 18 janvier. Il y sera question d’IA et de poésie. On y évoquera peut-être le premier distributeur IA de haïkus - sorte de malaxeur régurgiteur arrangeur de copier-coller, la dernière version prenant en compte la réduction à venir des quatre saisons exclusives du Japon en trois saisons exclusives. 

On envisagera peut-être la machine à produire des horoscopes au temple Sensoji à Tokyo, tirage préalable d’un chiffre aléatoire pour ouvrir le tiroir adéquate en attendant l’économie de papier et la livraison directe via sa boîte mail. Les énoncés horoscopiques aussi sont une forme de poésie.

Pour résister, on envisagera de remplacer dans le distributeur de viande de baleine en illustration trouvé quelque part à l’ouest de Tokyo le lard de l’animal, pièce coriace à mâcher sans fin en lamelles, un verre d’alcool favori à porté, par un volume de Moby Dick, pour lire et manger en même temps. Deux occupations encore très agréables. Quant à écrire. Non, plus jamais!

La lecture marathon annuelle de Moby Dick a eu lieu au New Bedford Whaling Museum il y a peu, du 3 au 5 janvier dernier.

26.12.24

Les bureaux secrets de「Écrire à Tokyo」

 


    
    On peut apercevoir au premier étage une fleur lumineuse ainsi qu'une vague statuette de panda. 
    Sans doute une réunion est en cours...

Photo : Lee Chapman



22.12.24

Petite cloche de quelque part


Et puis on s’essaiera à la nostalgie, loin des centres hoffmanniens de la capitale. La salle est rouge, immensément étroite. Deux têtes de vieux dépassent des sièges cassés. Une vieille dame pianiste entre deux mondes sourit avec espièglerie. L’écran nous dit que son chat est mort. Elle prend son café à l’Étoile manquante et elle a 16 ans dans un corps de vielle poupée et son sourire dit qu’elle ne peut s’empêcher de tomber amoureuse. Si elle pouvait, elle peindrait toutes les touches du piano en noir. C’est la meilleure façon de peindre, dans le noir intérieur, ses châteaux d’émotions. On ne se refait pas dans le liminal.